[cycle Littératures européennes et édition] : Rencontre avec Laure Leroy

Zulma est une maison d’édition principalement dédiée à la littérature contemporaine, française et internationale, fondée en 1991 par Laure Leroy et Serge Safran. Les livres des éditions Zulma se reconnaissent au premier coup d’œil. A leurs couvertures bien sûr, qui se déclinent en couleurs et en formes subtiles depuis 2005 grâce au « flair » de Laure Leroy et au talent du graphiste David Pearson. Seulement douze livres par an sont édités et traduits.

 

© B. Junger

 

Merci à Laure Leroy d’avoir répondu à nos questions.

1. Pourquoi éditez-vous de la littérature européenne ? Que représente-t-elle pour vous ?

Zulma publie des romans, récits et nouvelles du monde entier. Et donc à ce titre, également de la littérature européenne, de même que de la littérature française.

2. Quelles sont les spécificités des littératures européennes au regard des autres types de
littérature que vous publiez ?

L’un des pays européens les plus représentés dans notre catalogue est certainement l’Islande. Et c’est plutôt de littérature islandaise que je pourrais vous parler. Après avoir découvert Audur Ava Olafsdottir (l’auteur de Rosa candida), je suis littéralement tombée en amour… C’est une terre de raconteurs d’histoires, une terre de poésie, l’un de ces endroits où la littérature fait sens. Et si chaque écrivain apporte sa voix singulière, on retrouve très souvent chez les romanciers islandais une vraie passion pour le récit (le plaisir de raconter une histoire), des images d’une grande force poétique, un humour souvent très décalé, et un regard sur le monde habité par l’omniprésence de la nature. Une littérature à découvrir, donc, avec La Lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson,
LoveStar, de Andri Snaer Magnason, ou Les Rois d’Islande, d’Einar Mar Gudmundsson, pour n’en citer que trois, traduits pour le premier par Catherine Eyjolfsson, et les deux suivants par Eric Boury.

3. Quels sont les enjeux des littératures européennes ?

L’un des enjeux essentiels de l’Europe aujourd’hui, c’est de prendre conscience de la diversité et de la richesse des littératures écrites, rêvées et imaginées sur le continent. L’Europe d’aujourd’hui est faite, aussi, par tous les écrivains qui y vivent, quelle que soit la langue dans laquelle ils écrivent. Abdelaziz Baraka Sakin, l’auteur notamment du Messie du Darfour (traduit de l’arabe par Xavier Luffin) vit en Autriche depuis plusieurs années. Et quand il nous parle du Soudan, ou de l’exil, ou de n’importe quoi d’autre, c’est aussi depuis l’Autriche. De même, Antonythasan Jesuthasan, merveilleux écrivain de langue tamoule, vit en France depuis une vingtaine d’années. Son œuvre nous parle du Sri Lanka, souvent, mais elle est également habitée par ses années en France, comme on le voit notamment dans Friday et Friday (traduit du tamoul par Faustine Imbert-Vier, Élisabeth Sethupathy, et Farhaan Wahab). Tous deux sont à mon sens emblématiques d’une nouvelle idée de l’Europe et des littératures européennes.

4. Quels pays européens souhaiteriez-vous éditer ?

Je suis curieuse de tout, et tout me fait signe. Nous lancerons l’année prochaine un Prix de traduction dédié aux littératures européennes. Mais il est encore un peu tôt pour en parler… J’espère bien que ce sera l’occasion de découvrir de nos nouveaux horizons.

5. Quels sont les freins et les accélérateurs pour publier de la littérature européenne ?

La traduction, la traduction, la traduction !

6. La question de la nationalité en littérature est-elle pertinente selon vous ?

En littérature, absolument pas. Le pays d’un écrivain, c’est la langue dans laquelle il écrit, les paysages qui l’habitent, les histoires qui le traversent. En revanche, la question de la nationalité est malheureusement omniprésente dès lors qu’il s’agit de voyager, d’obtenir un visa. Elle peut très vite devenir un frein insupportable dans la promotion d’une œuvre et la liberté de circuler de son auteur.

7. Quel succès rencontre la littérature européenne auprès de vos lecteurs ?

Zulma a été l’un des premiers éditeurs à publier aussi largement de la littérature islandaise. Le succès a immédiatement été au rendez-vous. Et l’appétence des lecteurs français ne fait que grandir. Je m’en réjouis !

8. Quel est votre livre préféré de littérature européenne ? Quel livre de la rentrée littéraire
nous conseilleriez-vous ?

J’ai eu la chance de pouvoir reprendre dans notre collection de poche un livre qui est pour moi une sorte de roman culte : Épépé, de Ferenc Karinthy (traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy, et présenté par Emmanuel Carrère). C’est l’histoire d’un linguiste qui se retrouve de manière inopinée dans un pays dont il ne parvient pas à reconnaître la langue, où il ne parvient à communiquer avec personne ni à se faire comprendre. La seule personne qu’il finit par rencontrer, c’est Epépé, la fille de l’ascenseur, dans cet immense hôtel très kafkaïen où il essaie de survivre…


Je vous conseille absolument Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, de Zora Neale Hurston
(traduit de l’américain par Sika Fakambi). C’est un grand roman d’apprentissage, un
merveilleux roman d’amour, et un roman culte aux Etats-Unis. Et puisque la langue de
l’Europe, c’est la traduction, c’est une belle occasion de rendre hommage au remarquable
travail de la traductrice, Sika Fakambi.

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